L'iPad Pro comme ordinateur principal

Écrits · 15 août 2016

L'iPad Pro comme ordinateur principal

tester iOS comme plateforme de développement principale

L'absence de désordre physique, de marques envahissantes et de LED clignotantes fait de l'iPad Pro un exemple de design minimaliste. Mon aversion pour les distractions explique mon envie de l'utiliser comme seul ordinateur, pour voir s'il est à la hauteur. Le dernier effort d'Apple sur iOS suffit-il pour faire un vrai travail de développement ?

De l'ordinateur fixe à l'ordinateur portable à... la tablette ?

Ces dix dernières années, j'ai travaillé uniquement sur un ordinateur portable. Avant, j'utilisais un puissant ordinateur de bureau, jusqu'à ce que je commence à voyager plus souvent et à devoir travailler en déplacement. La mobilité donne un sentiment de liberté : ne plus être obligé d'être physiquement quelque part pour faire avancer les choses, c'est quelque chose que j'ai appris à apprécier énormément. Alors je me suis demandé : quelle est la distance entre l'ordinateur portable et la tablette ?

Un iPad Pro tout neuf d'Apple, l'Apple Pencil et le Smart Keyboard
Un iPad Pro tout neuf d'Apple, l'Apple Pencil et le Smart Keyboard

Ce que je fais pour mon travail

Avant de commencer l'expérience avec l'iPad Pro, j'ai réfléchi à ce que je fais au travail et à savoir si ces tâches dépendent de l'appareil que j'utilise. Mon travail consiste surtout à concevoir des logiciels, programmer, gérer des serveurs, faire des e-mails et lire.

Concevoir des logiciels

Quand je conçois un logiciel, j'utilise d'habitude un bon vieux crayon et du papier. J'aime ne pas être limité par les frontières numériques d'un logiciel (quel qu'il soit) de prise de notes ou de dessin. Une feuille de papier n'a aucune prétention, et c'est exactement ce qui permet à mes pensées de couler librement et d'être jetées sur le papier comme je l'aime.

Programmer

J'ai beaucoup travaillé avec Microsoft .NET (C#) pour développer des logiciels. J'utilisais Microsoft Visual Studio comme environnement de développement intégré (IDE) principal. Travailler dans un IDE peut être stimulant : il structure les projets, les tâches répétitives peuvent être automatisées, le débogage est plus facile et l'écriture du code est assistée par la magie d'IntelliSense (qui complète automatiquement ton code).

Mais dans le cadre d'une autre expérience, j'ai décidé de commencer à utiliser un simple éditeur de texte pour écrire du logiciel. Au début, c'était terrible, les choses que l'IDE offrait me manquaient vraiment. Mais je suis devenu moins dépendant de l'aide de l'IDE, ce qui a fait de moi un meilleur programmeur, qui ne dépend plus de la plateforme sur laquelle tourne mon IDE : mon éditeur de texte préféré, VIM, tourne pratiquement partout.

Gérer des serveurs

Mon entreprise utilise un réseau de serveurs physiques, virtuels et cloud pour faire tourner les solutions logicielles de ses clients. C'est ma tâche de m'assurer que les serveurs fonctionnent bien. Aujourd'hui, la gestion de serveurs peut se faire à distance depuis presque n'importe quel appareil. J'utilise un navigateur web ordinaire, SSH, VNC et RDP pour que tout tourne.

E-mail

L'e-mail est mon moyen préféré de communiquer avec les clients, les fournisseurs et les autres personnes de mon réseau professionnel. J'ai désactivé toutes les notifications d'e-mail et je n'utilise pas le push. Je lis mes e-mails quand je veux, aux moments où je ne fais pas d'autre travail (souvent complexe). Dans le monde connecté d'aujourd'hui, il est facile d'accéder à ses e-mails sur à peu près n'importe quel appareil.

Lire

Lire sur papier peut être agréable, mais devoir imprimer chaque document que je lis serait un gaspillage de papier et de toner. Pendant mes années à l'Université d'Amsterdam, j'ai vite appris à lire sur écran. Il faut s'y habituer, jouer avec la luminosité, la police et les réglages de couleur, mais c'est une vraie chance d'être à l'aise avec les documents et les livres numériques.

Préparer l'iPad Pro

Après avoir déballé l'iPad Pro, j'ai commencé à le préparer pour mes tâches de travail :

  • concevoir des logiciels : j'utilise l'Apple Pencil avec l'appli Notes d'iOS
  • programmer : j'utilise l'appli « Prompt » de Panic pour me connecter en SSH à un système Linux distant et retrouver mon environnement de développement habituel avec VIM et une série d'outils Linux en ligne de commande
  • gérer des serveurs : j'utilise Safari, Prompt et l'appli Microsoft Remote Desktop pour gérer les serveurs à distance
  • e-mail : l'appli Mail standard fonctionne bien, il m'a juste fallu un effort supplémentaire pour désactiver toutes les notifications et la récupération automatique des e-mails
  • lire : je lis avec Safari, Apple iBooks et l'appli Papers

En plus de l'iPad Pro, j'ai aussi pris le Smart Keyboard et l'Apple Pencil. Même si j'ai appris à taper efficacement sur des claviers logiciels (tactiles), je suis encore bien plus rapide (à l'aveugle) sur un clavier physique. Au cas où le Smart Keyboard d'Apple ne me plairait pas, j'ai aussi un clavier bluetooth Apple ordinaire (j'y reviens plus loin).

Le Smart Keyboard offre un très bon retour tactile, mais il lui manque certaines touches (comme ÉCHAP, DÉBUT, FIN)
Le Smart Keyboard offre un très bon retour tactile, mais il lui manque certaines touches (comme ÉCHAP, DÉBUT, FIN)

Constats : le matériel

L'iPad Pro est un matériel magnifique, avec un superbe écran et assez de vitesse pour gérer mes tâches sans effort. Sa mobilité supérieure à celle de l'ordinateur portable m'a fait bouger plus souvent selon la tâche : du bureau à mon fauteuil pour les e-mails ou la lecture. C'est vraiment spécial de réaliser que tu fais ton travail sur une tablette.

Partager la puissance

Autre avantage sur l'ordinateur portable : l'iPad a le même chargeur que mon téléphone (et ceux de mes amis et de ma famille). La tablette elle-même a une bonne autonomie, mais c'est agréable de savoir qu'il y a toujours un chargeur à proximité. Je peux même la recharger en voiture avec un simple chargeur USB standard. Ce sont de vrais avantages sur l'ordinateur portable.

Pas de souris : pas de problème

L'iPad Pro ne gère pas la souris. On pointe et on tape avec les doigts ou l'Apple Pencil. La souris ne m'a pas manqué pour pointer, mais j'ai trouvé pénible de faire défiler des e-mails ou de longs textes quand la tablette était en position verticale. Devoir tendre le bras pour toucher et faire défiler est physiquement plus fatigant (bon, je suis un costaud..., mais quand même). Mais le clavier vient à la rescousse : il y a plein de raccourcis clavier, que l'on voit en appuyant quelques secondes sur la touche CMD. Ils suffisent à se passer de la souris pour changer d'appli, sélectionner du texte et faire défiler le contenu.

Apple Pencil

Écrire sur du verre, ce n'est pas comme écrire sur du bon vieux papier. Mais c'est très proche, si proche que je peux m'y habituer. La seule chose un peu étrange, c'est que le verre éclairé devient chaud. On dirait une feuille de papier chauffée. Je ne sais pas si j'aime ça pendant les chaudes journées d'été, mais ça pourrait être agréable en hiver.

Smart Keyboard

Le Smart Keyboard d'Apple tape très bien, et c'est un accro aux claviers qui le dit. Les touches sont assez grandes (surtout avec le grand iPad Pro). Le retour tactile des touches est différent mais pas mauvais. J'ai vraiment aimé ce clavier. Un point à contourner : le Smart Keyboard n'a pas toutes les touches d'un clavier normal. Des touches comme ÉCHAP, DÉBUT, FIN, PAGE PRÉC. et PAGE SUIV. manquent. Il se trouve que je les utilise beaucoup quand je travaille sur des serveurs Linux ou que je programme dans VIM. La bonne nouvelle, c'est que l'iPad gère les claviers bluetooth ordinaires, ce que j'ai essayé pendant l'expérience.

Au final, le matériel de l'iPad Pro est vraiment bon et, avec un peu d'habitude, tout à fait adapté à un vrai travail.

L'iPad Pro à côté de mon fidèle ThinkPad X1
L'iPad Pro à côté de mon fidèle ThinkPad X1

Constats : le logiciel

L'iPad Pro tourne sous iOS (pendant mon test, la version 9.3), le système d'exploitation qu'Apple utilise pour les iPad, iPod et iPhone. Le système gère très bien le multitouch et est connu pour son interface facile à utiliser. Mais qu'en est-il quand je m'en sers pour travailler ?

Fluidité

Les applis que j'ai choisies pour travailler sur l'iPad fonctionnent bien. iOS est une plateforme logicielle stable où les applis tournent en douceur, sans plantage soudain. iOS marche très bien pour mes e-mails, la programmation, la gestion de serveurs et la lecture. Quand tu utilises une seule appli pendant un bon moment, iOS offre vraiment un bon environnement de travail.

L'iPad Pro fonctionne bien avec un clavier bluetooth normal
L'iPad Pro fonctionne bien avec un clavier bluetooth normal

Multitâche en écran partagé

Depuis 2015, iOS gère le multitâche en écran partagé, qui permet de faire tourner deux applis en même temps. Tu peux diviser l'écran en segments prédéfinis : 50-50 % ou 75-25 %. Je m'en suis servi pour avoir mon code à gauche et un aperçu en temps réel de mon travail à droite.

Le multitâche en écran partagé marche bien au toucher, mais il échoue quand on utilise un clavier, car rien n'indique visuellement quelle appli a le focus du clavier. Il est arrivé souvent que ma saisie atterrisse du mauvais côté de l'écran, et c'est vraiment nul quand on manipule des commandes potentiellement mortelles sur un serveur Linux...

Le multitâche en écran partagé me permet d'avoir mon code (à gauche) et un aperçu en direct (à droite) en même temps
Le multitâche en écran partagé me permet d'avoir mon code (à gauche) et un aperçu en direct (à droite) en même temps

Animations distrayantes

Autre chose amusante : les animations d'iOS sur un iPad Pro de 12 pouces sont bien plus intenses (à cause du grand écran) que sur un iPhone plus petit. J'ai vraiment fini par détester les animations à cause de leur effet distrayant quand on passe d'une appli à l'autre. Les réduire dans les réglages d'accessibilité les a remplacées par un fondu enchaîné tout aussi inefficace.

Connexions réseau

Les limites qu'iOS impose aux développeurs pour maintenir des connexions réseau en arrière-plan sont vraiment mauvaises. Les connexions réseau sont coupées si une appli n'est pas active pendant un certain temps. C'est extrêmement frustrant quand je gère des serveurs ou que je développe via une connexion SSH distante. Même si ces limites réseau ont du sens sur un smartphone, en imposer sur un appareil « Pro » est stupide.

Conclusion

Utiliser l'iPad Pro comme appareil principal pour travailler a des avantages, surtout grâce à sa polyvalence et à sa mobilité. Mais l'iPad Pro est limité par son logiciel, d'une manière qui, je pense, pourrait être corrigée facilement. Si le multitâche en écran partagé gérait mieux le clavier, ça ferait une énorme différence. Si Apple supprimait les limites réseau et permettait de désactiver les animations, l'expérience serait encore meilleure.

Cette expérience m'a donné de précieux enseignements sur ma façon de travailler. J'ai appris que c'est un grand sentiment de liberté d'être moins dépendant de logiciels précis liés à un système d'exploitation donné. J'ai aussi modifié certaines choses sur mon système d'exploitation de bureau à partir de cette expérience iOS : j'utilise plus souvent le clavier pour changer d'appli et organiser mes fenêtres (des tâches que je faisais avant avec la souris).

Au final, j'ai renvoyé à Apple le pack à 1200 € contre remboursement. Mon fidèle ThinkPad reste ma machine de travail principale... pour un temps !

Mise à jour, janvier 2017

Lis la suite ici pour ma mise à jour sur l'iPad Pro.

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