
Écrits · 15 nov. 2017
Collecter des données de santé avec Biostrap
Porter pendant un mois un capteur de photopléthysmographie (PPG) de qualité clinique
La plupart des objets connectés (montres connectées, bracelets d'activité, etc.) utilisent des capteurs très basiques pour mesurer la fréquence cardiaque. Leur signal est binaire : ils comptent juste les battements. Biostrap est différent : au lieu de simplement vérifier le pouls, il enregistre une forme d'onde PPG haute fidélité. Ce sont les mêmes formes d'onde que celles utilisées par les médecins, et je me suis demandé ce que je pourrais en apprendre !
Données de santé
Une chose que j'ai apprise en portant une Apple Watch : j'aime les données de santé. On peut en apprendre beaucoup sur son corps en mesurant des données biométriques, comme la fréquence cardiaque. Ce n'est pas réservé aux sportifs. D'après mon expérience, la fréquence cardiaque indique :
- ta forme physique
- si tu es physiquement actif
- si tu as bien dormi la nuit dernière
- l'influence de nuits plus longues ou plus courtes
- à quelle vitesse tu récupères après l'alcool, une soirée ou des drogues
- si tu es sous stress (émotionnel / professionnel)
C'est sur la durée qu'on obtient les meilleures informations. Les résultats sont personnels : ce qui est bon pour moi peut être complètement différent pour toi. Cela dépend de ton âge, de ton sexe, de ta forme physique, etc. Je trouve utile de savoir quels (petits) détails de ma routine quotidienne influencent mon bien-être. Avec de petits ajustements dans ton mode de vie, tu peux te sentir bien plus en forme : ce serait idiot de ne pas essayer !
Porter un capteur
Plus tôt cette année, j'ai porté une Apple Watch, mais comme je l'ai écrit ici, je préfère toujours une montre mécanique. Je n'aime tout simplement pas la recharge quotidienne obligatoire ni l'attention supplémentaire que réclame cet ordinateur de poignet (vibrations, clignotements, bips, etc.).
Voici Biostrap
C'est un exercice de design minimal : pas d'écran, pas de boutons, pas de vibrations, pas de sons ; juste un bracelet en caoutchouc qui contient un capteur. Tu portes Biostrap au poignet (gauche ou droit) et tu peux le combiner avec n'importe quelle montre.

Biostrap arrive dans une petite boîte avec trois bracelets de couleurs différentes, un chargeur, deux capteurs et un gentil « Merci ». Ici à Amsterdam, on ne peut s'en procurer un qu'en le commandant en ligne.

Prépare-toi quand même aux frais de douane... en importer un des États-Unis n'est pas gratuit dans ce charmant pays accablé de taxes qu'on appelle « les Pays-Bas ». Tu peux le commander sur biostrap.com.

Il y a deux petits capteurs : un qui se place au poignet et un que tu peux (en option) clipser sur ta chaussure. En combinant les données des deux capteurs, Biostrap peut reconnaître différentes activités et entraînements. Mais pour cette expérience, c'est le capteur PPG qui m'intéressait, je n'ai pas utilisé le capteur de chaussure (je fais beaucoup de vélo avec différents capteurs dédiés, pour la cadence, la vitesse, la puissance, etc.).


Par rapport à une montre normale, tu vois que le capteur de poignet est plutôt petit.

Au dos, tu vois les capteurs. Les deux LED rouges éclairent la chair et le sang à l'intérieur de ton bras. Entre les LED se trouve le capteur, qui mesure l'intensité de la lumière rouge réfléchie par ton bras. C'est ce qui permet à Biostrap d'enregistrer une forme d'onde du sang qui circule dans ton corps. Plutôt génial, non ?



Les données
Environ toutes les 10 minutes, Biostrap essaie d'enregistrer une forme d'onde PPG. Cela ne marche que quand tu es au repos. Si tu bouges (trop), l'enregistrement est ignoré. Les données captées sont analysées par les services cloud de Biostrap.

Chaque battement est analysé selon 29 paramètres différents, puis comparé à tous les autres battements des dernières 24 heures. Un bon jour, Biostrap capte environ 2000 battements : ça fait beaucoup de données.

Tu accèdes à tes données via une appli facile à utiliser. À l'ouverture, un tableau de bord affiche les mesures d'« aujourd'hui ». Tu navigues dans le temps ou par donnée biométrique (comme la fréquence cardiaque, la saturation en oxygène ou la fréquence respiratoire).
Les algorithmes analysent la forme d'onde et déterminent non seulement la fréquence cardiaque, mais aussi la fréquence respiratoire, la saturation du sang en oxygène et la variabilité de la fréquence cardiaque (HRV). Cette dernière est considérée comme un indicateur essentiel pour mesurer la santé biologique (par opposition à la santé chronologique).

La variabilité de la fréquence cardiaque (HRV) est relativement récente et méconnue. Elle mesure l'écart entre les battements individuels. Plus la variabilité entre les écarts est grande, mieux tu es reposé. Une variabilité plus faible peut signifier que tu es stressé ou surmené. La HRV a été associée à l'hypertension, à l'obésité, au diabète et à des problèmes du système immunitaire.

Biostrap est à son meilleur quand tu es au repos : il fait des analyses complètes du sommeil. Le bracelet contient un gyroscope qui mesure les mouvements. Il détecte si tu restes bien immobile. Combiné aux mesures PPG, cela donne des informations sur la qualité de ton repos.
Les enseignements
Avec Biostrap, tu obtiens vraiment beaucoup de données détaillées. J'aime ça, mais ça peut être écrasant. C'est pourquoi l'appli fait une partie des analyses pour toi et te donne des conseils. Par exemple une alerte qui te dit d'y aller un peu plus doucement dans la journée après une mauvaise nuit.
Mais si tu es comme moi, tu peux fouiller les données toi-même. Tu peux y trouver des enseignements et des schémas étonnants. Prends ce graphique, par exemple :

Ce graphique montre ma fréquence respiratoire (le nombre de respirations par minute). Plus elle est basse, mieux c'est, car cela veut dire que tu es plus à l'aise. On voit clairement qu'il s'est passé quelque chose de grave dans la nuit de jeudi, avec des valeurs élevées pendant toute la semaine !
L'histoire derrière ce graphique : je suis tombé de vélo et je me suis blessé. Je n'ai rien cassé, mais j'ai eu mal pendant des jours. Ça se voit clairement dans ma fréquence respiratoire.
Les limites
Même si j'aime vraiment Biostrap, il est pour l'instant limité parce qu'il ne mesure bien que lorsque tu es au repos. Il ignore ta fréquence cardiaque pendant l'effort. Ça tend à fausser les moyennes de fréquence cardiaque sur la journée. La bonne nouvelle : l'appli Biostrap permet d'exporter automatiquement tes données vers Apple HealthKit.

Grâce à HealthKit, je peux regrouper les données de différentes sources et de différents appareils. Comme mon Wahoo Tickr que j'utilise sur mon vélo de course. J'imagine que les données collectées aujourd'hui seront disponibles pendant des années. Du moins tant que je continue à utiliser Apple HealthKit... (même si Apple propose bel et bien un moyen d'exporter tes données, chouette !)

L'autonomie de la batterie est d'environ 4 jours, ça me convient mais plus, c'est toujours mieux. Je crois que les capteurs de santé portables sont un autre domaine qui attend une percée sur les batteries. Heureusement, Biostrap se recharge vite : de 0 à 60% en moins d'une heure.
Conclusion
Ma santé me tient très à cœur. Je n'ai qu'un seul corps, autant le traiter correctement. Collecter régulièrement des données biométriques m'aide à suivre l'état de mon corps.

Ce ne sont que les données d'un mois, mais imagine que tu aies collecté des années de données. Tu pourrais repérer des schémas et diagnostiquer des problèmes avant même de ressentir des soucis de santé. Surtout si tu peux comparer tes signes vitaux avec ceux d'autres personnes, en bonne santé comme malades.
Je crois sincèrement que, dans la prochaine décennie, la technologie de santé portable continuera d'évoluer vers des objets plus petits et moins visibles. Elle fera partie de nos vies, car elle contribuera à mieux comprendre notre santé. Moi, en tout cas, je vais continuer à collecter des données !