Pas de montre connectée

Écrits · 25 juil. 2026

Pas de montre connectée

Le meilleur écran, c'est pas d'écran

Pendant neuf ans, j'ai eu une montre connectée au poignet. Cet été, c'est fini : l'Apple Watch est partie, et avec elle les capteurs, les chargeurs et les bracelets. Plus d'écran, d'ordinateur ou d'appareil en plus. Cet article raconte pourquoi je n'en ai enfin plus besoin, et un paradoxe : c'est la high-tech qui rend le low-tech possible.

Un chapitre se ferme

J'écris sur les montres connectées depuis 2017, et en 2023 j'ai même essayé de remplacer mon téléphone par la Watch. En mai, j'ai fait le décompte de ce qu'est vraiment une Apple Watch : trois chargeurs MagSafe, un chargeur USB, huit bracelets, deux capteurs de puissance pour les pédales, deux capteurs de vitesse et deux de cadence. Dix-huit éléments en plus de la Watch, plus le logiciel : mode sommeil activé, lever le poignet pour voir l'heure, notifications masquées en mode sommeil, 45 % de batterie envolés après une seule nuit. Un soir de juin, j'ai porté la Watch pour la dernière fois. Le lendemain matin, je l'ai rendue. Ce chapitre est clos.

Simple. C'est ça qui est difficile. Parce que le simple laisse la place au complexe, au fouillis et à la redondance. Une demi-mesure n'a aucun avantage : soit tu te lances à fond dans les données, avec tous les tracas que ça implique, soit tu laisses carrément l'écran hors de ton poignet. J'ai choisi la seconde option.

L'Apple Watch de retour dans sa boîte, mai 2026, juste avant son départ
L'Apple Watch de retour dans sa boîte, mai 2026, juste avant son départ

Le téléphone suffit

Le smartphone est devenu si puissant que la montre n'avait plus rien à ajouter. Les appels, la navigation, les paiements, l'appareil photo, le message de temps en temps. Et, nouveauté de cette année, des agents qui lisent mon courrier, suivent l'actualité et trient les signaux entrants pour moi. Ce qui m'arrive, c'est ce qui compte, au moment que je choisis, dans un seul résumé quotidien. C'était la promesse d'une montre qui te tapote le poignet. En fait, le téléphone fait mieux ce travail, une fois la montre écartée. Je tiens à dire que le monde en ligne ne me dérange pas. Mais je sais aussi que la concentration hors ligne a sa force.

Un seul capteur, 24 h/24

Ce que je veux, c'est des données sur mon corps, et pour ça je porte un WHOOP depuis des années. Pas d'écran, pas de notifications, pas d'attention à lui donner. La batterie tient deux semaines. Il reconnaît tout seul une course ou une sortie à vélo, je ne lance jamais l'enregistrement. Un capteur, des données : oui ! Mais un mini-écran qui bipe, à moitié sous les vêtements, sensible à l'humidité et au toucher, c'est fragile. Un seul capteur, 24 h/24, c'est bien plus logique.

Les deux qui restent : une montre mécanique et le bracelet WHOOP, le matin d'un trail de 21 km
Les deux qui restent : une montre mécanique et le bracelet WHOOP, le matin d'un trail de 21 km

En mai, j'ai couru 30 kilomètres au feeling, avec le capteur qui enregistrait tranquillement : une moyenne de 124 battements par minute à allure régulière, sans regarder une seule fois. Deux semaines plus tard, j'ai roulé l'Elfstedentocht de la même façon. À l'arrivée, le WHOOP avait toute la journée, la récupération et le trajet du retour. L'écran ne m'a jamais manqué.

La montre qui reste

Au poignet, j'ai maintenant une montre mécanique. Elle marche sans souci : à la piscine, en soirée, en courant, sur le vélo de course, en trail. Pas de recharge, pas d'appairage, pas de mise à jour. Quelle libération, quel calme. Comme quoi. Le bracelet a révélé son potentiel, elle se fait sa propre patine.

La montre à mon poignet le 1er juillet, jour où le chapitre Watch s'est refermé pour de bon
La montre à mon poignet le 1er juillet, jour où le chapitre Watch s'est refermé pour de bon

Le paradoxe

Voilà le truc : il faut de la high-tech pour que le low-tech marche. Des puces efficaces donnent à un capteur deux semaines d'autonomie. Des modèles reconnaissent la course et classent la sortie. Des agents trient le courrier et l'actualité en un résumé. Résultat : ce qui est à mon poignet peut être idiot, et moi je peux être présent.

Cet été en Bretagne, j'ai couru les plus belles sorties de ma vie. Pas rapides ni fortes, mais merveilleusement belles : des rochers, du vert, des chemins sinueux et la mer. Aucun écran ne m'a dit mon allure et ça ne m'a pas manqué. Un après-midi à vélo avec ma fille : aucune distraction, une attention pure. C'est à ça que sert cet espace, penser et être là en tant qu'humain.

La route à l'aube en Bretagne, départ de la plus belle sortie de ma vie
La route à l'aube en Bretagne, départ de la plus belle sortie de ma vie
Le parcours autour de Carantec, 11,97 km, enregistré sans aucun bip au poignet
Le parcours autour de Carantec, 11,97 km, enregistré sans aucun bip au poignet

Conclusion

Je n'en ai plus besoin. Non pas parce qu'une montre connectée est mauvaise, mais parce que le téléphone est devenu si fort et le capteur si bon que l'écran entre les deux est devenu superflu. C'était un exercice de simplicité, et il m'a fallu neuf ans pour arriver à cette idée : le meilleur écran, c'est pas d'écran.

Alors si tu te surprends à tourner le poignet pour une notification que tu n'as pas demandée, essaie un mois sans. Ton téléphone et ton corps combleront le vide, ha !

Soir sur la terrasse : une montre qui n'attend rien de moi
Soir sur la terrasse : une montre qui n'attend rien de moi

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